< Document sans titre
    

Voilà… Vingt ans déjà, à 15 jours près.
Une pensée, un hommage, que je vais essayer simple puisque bien souvent, trop souvent les mots sont vains. Et que de toute façon personne ne les lira.

Comment allez-vous les amis ? Ou que vous soyez… Et pardon si je me suis souvent permis de vous oublier, presque tout le temps en fait. Parce que l’essentiel de nos pensées se doit d’aller aux vivants.

Vous vous appeliez Bruno, Jean-Luc, Christophe, Adriano, Franck, David, Antoine et Patrice. Comme moi vous serviez au sein de la 2eme compagnie de combat du 4eme régiment de génie alpin. Comme moi vous étiez basés à Babindol, sur le mont Ingman, juste au dessus de Sarajevo. Comme moi vous aviez eu l’envie d’être utiles…
FORPRONU, mission BATINF5.
Je ris encore de nos souvenirs de nuits gelées dans ce putain d’hiver yougo, de nos trouilles lorsqu’au hasard des maraudes nous tombions sur une de ces mines artisanales que l’on ne nous avait pas apprises à déminer. De notre boulot de construction qui flinguait les mains et éreintait les dos.
Je ris encore (jaune) du jour ou un kapo serbe aviné à la vodka avait décidé de nous aligner au RPG, de cette sensation étrange que nous n’avions survécu que parce qu’au fond il l’avait bien voulu. Du bruit de l’explosion…

Adriano je me souviens de nos parties de ping pong au camp, du jour ou sans un mot tu m’avais aidé de ta pelle (que sinon j’aurais planté dans l’œil du lieut’) à creuser cette tombe, du silence que tu as respecté, la seule fois ou j’ai voulu introduire un peu d’humain dans cette barbarie quotidienne à laquelle nos jeunes yeux n’étaient pas habitués.
Je me souviens de nos bières et de nos fous rires. De ton immense dégaine toute maigre comme de ton accent portos qui me donnait envie de danser.

Je me souviens du jour ou j’ai appris.

De l’heure ou je suis descendu dans ce précipice, de la minute où j’ai reconnu ton corps inerte, de la seconde où j’ai saisi ton FAMAS tordu par le choc… de cette pensée stupide qui ne me quittait pas : « il ne nous restait que huit jours encore à tirer ! »…

Cinq mois et 22 jours vous ont tué.
Et au milieu d’une guerre ou s’agitaient nos casques bleus et malhabiles c’est une plaque de glace qui a eu raison de vous.

Peu ou prou vous aviez le même âge que moi.
Non il n’y a pas de mort glorieuse. La votre fut juste une énorme connerie, un énorme gâchis. Vous étiez nés pour grandir, rêver, aimer, élever des enfants, participer à l’aventure humaine et jouer avec de futurs petits enfants. Avec moi vous aviez échappé aux mines, aux kalach’, aux RPG ou aux obus, aux snipers aveugles…
Comme moi vous auriez du rentrer.
Dieu que je vous ai trouvé silencieux entre vos planches, dans cet avion. Dieu que je vous ai trouvé chiants soudain…

Vingt ans. Pile poil.