"Odalisque".... (nouvelle érotique soft)

© Régis B.

 

 

 

 

Il venait de pénétrer dans la grande salle du Hammam. Henri et Elise, les propriétaires, lui laissaient souvent l’accès ainsi, avant l’ouverture. Cela lui permettait d’éviter la foule et offrait un espace de liberté à ses rêveries et autres pensées.
Par de grands vitraux opaques et colorés, la lumière de l’aube pénétrait dans les lieux en de larges raies rendues visibles par la vapeur. Il pouvait ainsi déambuler sous les larges arcades, observer la clarté de jade de l’eau des bassins que rien ne venait troubler, fermer presque les yeux et rejoindre cet orient capiteux auquel la salle lui faisait penser.
Sols et murs étaient faits de marbre blanc et de faïence bleue. Fine, parfois usée sous les voûtes et les petits dômes attenants. Les lieux lui rappelaient, sans faute de goût, les antiques hammams ottomans d’Istanbul, dans leur magnificence voluptueuse faite de finesse ouvragée et de grands plans sobres et veinés d’ocre.
La chaleur moite des lieux l’avait envahi dés son entrée. Après quelques minutes il ne savait déjà plus si l’humidité qui coulait le long de lui était faite de saline sueur ou de cette étouffante vapeur qui faisait transpirer même les pierres.
En tout et pour tout il ne portait que cette fine serviette blanche, nouée à la taille, qui déjà épousait ses mouvements. Précaution inutile puisqu’il était seul… L’ouverture n’aurait lieu que dans deux heures.
Il allait presque laisser tomber cet artifice inutile lorsqu’un bruit proche l’en retint. Contournant la fine colonne qui lui en cachait l’origine, il put alors découvrir qu’il n’était pas seul en ces lieux.
Elle était de dos, une serviette lascivement posée sur les hanches, assise sur sa jambe droite au bord d’un bassin. De l’autre jambe, au pied fin et joliment fait, elle dessinait comme une enfant de petits ronds dans l’eau.
Une longue chevelure brune courait plaquée sur les épaules tandis qu’elle s’appliquait patiemment à la coiffer de ses mains en versant dessus par à-coups le contenu d’une cruche de terre cuite. Il se décida à ne pas bouger, appuyé sur la colonne de marbre, captivé par la vision de cette odalisque de rêve, tout droit sortie d’un tableau d’Ingres. Pourtant celle ci, dans un mouvement de tête ô combien sensuel, finit par croiser son regard.
Alors de profil, elle révélait le flanc d’une poitrine un brin opulente, joliment faite, que, la surprise passée, deux bras vinrent cacher dans un « ho ! » aux accents délicieusement féminins.
La surprise fut remplacée par un joli sourire, tandis qu’elle relevait la serviette sur cette brève vision.

« Bonjour » dit-elle « Je ne savais pas que vous étiez là ».

« Je viens d’arriver » répondit il. « Vous êtes une amie d’Elise ? »

« Oui, je m’appelle Virginie. Une amie de lycée… »

Elle se releva tout doucement et vint poser subrepticement une bise par surprise sur sa joue en s’enfuyant aussitôt.

« Venez. C’est par ici que la chaleur est la plus forte ».

Après quelques pas ils s’assirent tous deux dans un recoin, tout près du foyer de pierres brûlantes que venait alimenter un fin ruisseau. Le banc de marbre gardait encore une certaine fraîcheur, que venait aussitôt démentir la faïence ou il posa son dos. Elle était assise à un mètre cinquante environ, la tête sensuellement posée sur le mur, offrant sa gorge et son cou au ruissellement mêlé de sueur et de condensation.
Lui observait, amusé, le jeu des gouttes sur son propre torse, glabre comme celui d’un adolescent. Pour un homme de la trentaine il conservait un physique d’éphèbe assez surprenant. Le torse, dessiné, était luisant de la vapeur ambiante et laissait perler de fines gouttes qu’un savant hasard faisait alors courir le long d’une peau à peine halée. Parfois, l’une d’elles venait se perdre, alors acculée au bout d’un téton, et ne finissait par chuter que grossie d’une autre imprudente. Une autre déjà courait le long du sillon que dessinaient ses pectoraux et venait alimenter le lac qui s’était formé au nombril.
Chacune en tout cas tressautait des effets de sa respiration ample.
Il était assez bien fait. Le regard noir et profond et ses cheveux prématurément grisés trahissaient des origines latines incontestables qui lui venaient de sa mère. Ces mêmes origines qui lui avaient donné des muscles longs, nerveux, enveloppés d’une peau mate et soyeuse.
Cette même peau qui transpirait de toute part et qui venait souvent humecter d’un goût salé ses lèvres entrouvertes. Son regard, profond, était toutefois attiré par un tout autre spectacle.
A coté de lui la belle inconnue avait négligemment relevé une jambe, posant le talon sur le rebord de la dalle de marbre. La serviette, entrouverte, laissait apparaître une cuisse sans défauts, prolongée par la délicate sculpture d’un mollet superbe.
D’imperceptibles mouvements faisaient jouer la chair au repos et courir sur la peau la zébrure des reflets du vitrail nord.
Lui tentait déjà de chasser de son esprit les fantasmes de volupté interdite que cette vision faisait naître en lui. Tout d’elle respirait d’un appel sexuel et sensuel. Plus que tout, c'était encore ces délices cachés qui parfumaient son imagination. Tout ce qu’on ne pouvait voir et qu’il ne cessait plus de deviner.
Chaque mouvement du corps de Virginie accentuait le phénomène. Cette façon qu’elle avait de recueillir parfois de fines gouttes sur sa gorge, du bout de l’auriculaire, et de les porter à ses lèvres… Ces mêmes lèvres dont elle recueillait l’humidité de la pointe de la langue… Le joli penchement de tête qu’elle prenait enfin, en silence, et qui lui donnait des airs de concubine napolitaine…

« Vous avez chaud ? » dit elle soudain, rompant sa rêverie.

« Oui en effet » répondit il d’un rire amusé qui illustrait tout le second degré qu’il ajoutait à cette si forte évidence.
Elle le toisa alors d’un large sourire carnassier qui l’étonna, avant d’ajouter :

« Venez ! ».

En quelques bonds d’une grâce toute féline la jeune femme disparut derrière une colonnade.
Il se leva, infiniment lent dans ce réveil d’un corps au repos, pour la rejoindre près d’une large vasque dans un recoin plus sombre. L’objet, gagné par une fine mousse en son centre, faisait penser au berceau d’une Vénus rompue aux jeux de l’amour. De celles qu’a rêvées Botticelli sans oser les peindre. Juste à coté, une colonne isolée, en pleine lumière, arborait un panache de foulards multicolores à son sommet qui captaient magnifiquement la lumière.

« A cet endroit l’eau est à la température idéale » dit elle en saisissant une cruche de terre qui trônait au sol. « Otez votre serviette »….
Déjà elle remplissait la cruche à l’eau verte de la vasque.
Lui, comme hypnotisé par le ton naturel et impératif, libéra son corps de la serviette trempée, révélant dans toute sa nudité le corps fin et luisant qu’elle cachait. Virginie se plaça derrière lui et commença à verser l’eau sur les épaules et la tête.
Elle avait raison. L’eau était fraîche sans être froide. Et sa caresse le long du dos, sur les fesses tendues comme sur l’intérieur des cuisses, calmait divinement la moiteur opaque de la vapeur omniprésente.
Il fut toutefois surpris lorsque a cette caresse s’ajouta celle de Virginie. Parfois douce, parfois vigoureuse, elle semblait vouloir guider le flot pour détendre l’intégralité de son corps. Son contact était soyeux, divin, et dans la vigueur qui alternait, parfois remplacé par une involontaire griffure de ses ongles longs.
Cette main courait dans l’onde des cruches qui se succédaient. Sur les épaules qu’elles épousaient. Dans le dos dont elles suivaient scrupuleusement l’architecture des muscles tendus, le long de la colonne vertébrale jusqu’à la naissance des fesses.
Puis elles vinrent se poser sur les deux globes charnus, accompagnées par l’eau tiède.

« Vous avez de belles fesses » dit elle « C’est rare ! »

Bêtement il ne sut que répondre « merci… ».

Déjà elle s’était présentée devant lui, parfaitement nu, et continuait ce massage sur le torse et les hanches, prenant habilement soin d’éviter le sexe que l’eau, elle, n’épargnait pas.
Lui se concentrait stupidement sur sa feuille d’impôts pour ne pas trahir son émoi. Dernier recours d’un homme acculé à un désir de plus en plus présent. L’idée même de ce recours de dernière chance l’apaisait en le faisant rire intérieurement.
Après quelques minutes de ce jeu dangereux, Virginie acheva la séance par une tape sur les fesses, de celles qu’on donne à un enfant tout juste langé.

« C’est à moi » dit elle dans un rire léger et cristallin.

Et ajoutant le geste à la parole, elle fit tomber le dernier rempart de tissu le plus naturellement du monde.
Au sol.
Son corps luisant était entièrement offert au regard. Perlé de l’humidité ambiante qui le faisait briller. Un corps source de mille appétits cachés dans les recoins sublimes d’une peau claire et légèrement rosée.
Il ne put empêcher son regard de s’attarder sur la cambrure des reins, sur les jolies et charnelles fesses de l’inconnue, sur ses hanches de femme. Chaque courbe faisait naître en lui des désirs enfouis. Un ventre adorable et son renfoncement au fin triangle de toison brune… Un papillon noir entre ses jambes lisses… La rondeur de l’écrin qui aboutissait en de belles cuisses ou il aurait voulu s’enchâsser.
Et partout cette peau au grain si fin, luisante de chaleur, cette chair opulente dans son charisme et son pouvoir sexuel…
Presque assommé, il remplit la cruche et commença à la déverser sur la jeune femme. Sur ses épaules, sur son front, tout en lui faisant face…
L’eau suivait chaque dessin de sa peau… Chaque vallée, chaque montagne. Elle englobait sa poitrine, léchait son ventre, se perdait en des forets sans nom, peignait amoureusement la toison dorée. Virginie déjà guidait sa main pour, comme elle auparavant, mieux repartir l’eau, masser et tonifier.
Il voyait sa propre main courir sur sa gorge, longer ses cotes puis ses hanches, soulever avec audace le globe opulent de ses seins et presque les palper. Dans chacun de ses gestes, Virginie ne le quittait plus du regard, celui ci planté dans le sien. A chaque caresse son corps ondulait légèrement et l’ovale de ses yeux se voilait, à demi fermé. Elle inspirait avec un peu plus de force et se mordait inconsciemment la lèvre inférieure. Chaque seconde elle semblait étouffer un gémissement, un feulement de chatte frissonnant de plaisir. Mais elle contrôlait, et aucun son ne venait confirmer ce qu’on espérait deviner. Son visage arborait alors un sourire énigmatique si séduisant….. Le regard devenait défi.
La main de Jean suivait l’eau le long de son dos, mesurait le creux de ses reins pour se perdre adorablement sur la rondeur des fesses, l’intérieur des cuisses, le galbe des mollets…
Lorsqu’il cessa pour s’asseoir, il savait que cet émoi ne pourrait plus passer inaperçu. Son membre était érigé sous la serviette, tendu comme un arc, au point de lui faire presque mal. Il essaya de se mettre de coté, tentant maladroitement de cacher la bosse évidente, tandis qu’elle ne cessait de lisser ses cheveux en lui faisant face. Virginie lui souriait, tendrement…

« Ne soyez pas gêné » dit-elle.

« Je trouve cela plutôt flatteur »….

Son sourire était devenu complice… animal….

© Régis B.