"l'Orage pélerin"... (poème éthylique)

© Régis B.

 

L’orage pèlerin est tombé
Au dehors
Mouiller les anonymes et passer sur le pavé
Pour lisser l’abîme
D’un, qui voudrait oublier.

 

J’ai passé la porte, son glacis dérisoire
Un je-ne-sais-quoi m’emporte
Vers ce triste abattoir
De nos envies si mortes
Ou je m’abîme ce soir.

 

L’odeur y est forte
D’une humanité étrange,
Hantée, bestiale,
Au seuil de l’évolution
Perdue vautrée dans la fange,
D’un besoin animal
Qui part en tessons.

 

Parfois, repu, je m’y venge
De tant d’humiliations
D’avoir perdu l’ange
Avec lui la raison
Et j’y remue mes chaînes, aux cris des chiens
Qui sans cœur vous assènent
Que vous êtes un crétin.

 

J’y assomme ma gangrène
D’eaux vives, d’improbables venins
Qui vous déchirent l’haleine, et me cassent les reins
Qui coulent, roulent dans mes veines
Ouvertes jusqu’aux mains
Sans brûler toute ma peine
Déjà…si peu humaine
De pleurer cette garce,
Adorable putain.

 

Et j’y crève, con et vaurien
Brutalement cocu
Dans les vapeurs des vins, les parfums des rues
Me rappelant ses seins entiers, et son corps cru
Qui n’est plus vraiment mien
Qui encore me remue.

 

J’y saoule enfin mon mal, et ma charogne
Mon coude s’étale dans l’insolente besogne
D’un alcool brutal, fort et jaloux,
Qui pesamment me cogne
Le sang.

 

Et dans ce vague et paisible néant
Aiguisé comme une dent
D’enfant
Encore et toujours, je bois
Pour pouvoir parler aux trous du cul.


Moi inclus.


© Régis B.